Entrepreneure en thérapie : ne gardez pas vos crises secrètes !

Dernière mise à jour : sept. 21

On entend parler de la solitude de l'entrepreneur depuis longtemps ; qu'il soit indépendant, associé ou dirigeant : même combat. Le tabou commence à se briser (je vous recommande ce très bel article d'Emmanuelle Duez), et j'ai aujourd'hui envie d'aller un cran plus loin en évoquant le sujet de la santé mentale.


J'écris cet article depuis un point de vue particulier : celui de l'entrepreneure en thérapie.

@crédit photo : utilisation du logo de la série En thérapie des productions Les Films du poisson


Je m'explique :


Je suis coach et thérapeute.

L'accompagnement, c'est mon métier, ma pratique, mon expertise.

C'est ce que je fais, le service que je rends et que je vends. C'est le sujet sur lequel je continue de me former régulièrement, en investissant du temps et de l'argent.


Je suis entrepreneure.

Et ça, c'est ma posture. Celle qui me rend maître à bord et me donne de multiples casquettes : définir ma stratégie, ma vision, mon cap, mes objectifs, développer le CA, ma marque, communiquer, gérer l'administratif, l'organisation...tout ce qui relève de l'entrepreneuriat et de l'entreprise. Dans cette catégorie, je fais partie des entrepreneures solo. Je travaille avec d'autres personnes, je suis entourée de plein de "pairs", mais je reste la seule pilote de l'avion avec la réalité que beaucoup de choses dépendent de moi : si je ne fais rien, il ne se passe rien, tout simplement. Alors oui, si je réussis, si je passe des étapes, si les projets se développent, c'est génial, je me le dois et j'en suis fière, mais si j'échoue, si les choses n'avancent pas, si ça rame, ... j'endosse aussi cette responsabilité.


A côté de ça, comme tout le monde, j'ai une vie.

Avec la particularité en 2020 d'être devenue mère pour la première fois : découverte d'une nouvelle posture, d'un nouveau rythme et surtout de nouvelles responsabilités.


Dans tous les domaines, je commence à sentir un équilibre fragile entre liberté et contrainte, avec un poids des responsabilités de plus en plus pesant.


Les questions s'additionnent mais je n'ai pas les réponses :

Maintenant que ma fille est gardée et que j'ai à nouveau tout mon temps pour développer Cabane, pourquoi je n'ai pas l'énergie ? Y a t-il quelque chose qui cloche dans mon projet qui ne me motive pas ou plus ? Si j'arrête, est-ce que je le vivrais comme un échec ou est-ce que ça me soulagerait ? Et qu'en penseraient mes clients ? Ma vie actuelle est le résultat de choix que j'ai fait en conscience pour me rapprocher de la vision que je souhaite, pourquoi ça ne va pas ? ...


Les mois sont passés et un sentiment hyper désagréable s'est invité dans ma vie. Présent depuis un moment, il s'est amplifié, petit à petit, et surtout je n'arrivais pas à en sortir. Je me sentais bloquée, empêchée, à fleur de peau, manquant d'énergie, d'entrain. Tout en donnant le change et en redoublant d'effort pour garder la motivation. J'ai eu envie de tout arrêter, mais je sentais que ça n'était pas le fond du sujet. Je me sentais frustrée, tiraillée. J'ai senti que ça commençait à impacter de plus en plus de facettes de ma vie. Ma perception des relations, des situations. Je sentais que je n'étais pas moi-même, et je ne comprenais pas. J'ai résisté, comme si je n'avais pas le droit ou que je ne m'autorisais pas à traverser une crise : "je suis coach et thérapeute, j'ai plein d'outils, je n'ai pas le droit d'aller mal, au contraire, je dois aller bien pour accompagner les gens".

Et je me suis retrouvée devant cette incompréhension : "Pourquoi en étant pourtant bien câblée et entourée, je n'arrive pas à me débarrasser de ça ? Pourquoi je me sens empêchée, bloquée ? Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que je ne vois pas ?".


L'avantage, c'est que par ma formation de thérapeute, j'ai bénéficié moi-même d'un suivi individuel. J'ai travaillé sur ce mal-être. Sur la peur, la colère, la frustration. Le poids des responsabilités. Le sentiment d'échec, mes résistances, mes incompréhensions, mes envies. Et puis j'ai mis le doigt sur ce qui se jouait : "je suis déçue de moi". Malgré tous les points de fierté que je pouvais lister, la déception avait pris le dessus et anéantissait tout le reste.


Waw. Grosse claque. En mettant les mots, ça sonnait juste. J'ai senti ce mouvement intérieur dont je parle souvent. J'ai pris conscience de cet état dans lequel je m'étais retrouvée : engluée dans une forme d'impuissance.

J'ai pris conscience qu'il n'y avait pas d'échec. Que j'étais devenue parent, et que j'avais minimisé cette vague de la maternité dont j'entends souvent parler mais que je n'avais pas l'impression d'avoir vécue comme un tsunami.

Que je m'étais lancée dans beaucoup de projets en même temps avec une tendance à vouloir assurer sur tous les plans et du mal à lâcher-prise. Que je n'étais pas très douce avec moi-même, jamais assez....

Bravo bravo madame la coach ;)


Le temps a fait son oeuvre. L'émotion ainsi ressentie et nommée a pu circuler, reprendre sa juste place, et même s'évaporer.

Enfin, je peux lâcher. Retrouver de la liberté et de l'énergie pour avancer. Passer à l'action, à nouveau, et retrouver la puissance. Ma puissance. Ça fait beaucoup de bien !! Je peux vous dire que ma rentrée n'a rien à voir avec celle de janvier : tout rentre dans l'ordre, à son rythme, et l'énergie n'est pas la même !


Si j'ai décidé de partager ça aujourd'hui, c'est parce que je suis convaincue que libérer la parole sur ce sujet peut servir le plus grand nombre. Des difficultés, des crises, tout le monde en traverse. Je n'ai pas (ou plus ?) honte de ce qui m'est arrivé, en revanche j'ai eu du mal à le vivre. J'ai pourtant été accompagnée pendant cette période, par différentes personnes, à différents moments, parfois quand ça allait et que je remettais un peu de jus, et à d'autres quand ça allait moins bien et que je me sentais glisser.

Je laisse derrière moi cette période inconfortable, désagréable et fragile. Des moments inconfortables, j'en aurais d'autres. Mais j'en sors grandie, avec des apprentissages à partager, une vulnérabilité plus assumée et des actions à mettre en place pour contribuer à prendre soin de moi et de ma santé mentale, émotionnelle et corporelle (ça commence par une journée OFF par mois pour prendre le temps d'un soin, ou d'un RDV qui me fait du bien, ou juste pour faire...rien !)


La douleur est inévitable, la souffrance en revanche n'est jamais nécessaire; évitez de laisser un sentiment de malaise s'installer trop longtemps, agissez si vous le pouvez au bon moment pour vous et parlez-en. L'accompagnement quel qu'il soit (coaching, thérapie, mentorat...) n'est ni un gros mot ni une béquille. Accompagner, étymologiquement parlant, c'est "marcher avec un compagnon". Troquez la compagnie de vos états d'âme par celle de quelqu'un qui saura vous aider à faire ce bout de chemin. Sortez de cette solitude et de ce que j'appelle souvent ce huit-clos mental dans lequel seuls nous, nos pensées et nos perceptions tournons en boucle.


Aujourd'hui je vous souhaite de ne pas garder vos crises secrètes, de les assumer pour mieux les traverser et en sortir humainement grandi.e.

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